Le hooliganisme est une pratique que j'ai énormément de mal à comprendre. Cette pratique consistant à taper sur la gueule d'inconnus parce qu'ils arborent un maillot différent du tien, me laisse toujours pantois. Ces dizaines d'hommes cagoulés qui se battent dans les rues en Stone Island et qui foutent le zbeul dans le stade quitte parfois à stopper définitivement le match, je trouve que c'est un peu du temps perdu. (écrit un jour avant que les zozos néo-nazis niçois foutent la merde dans Paname comme quoi).

Mais il y a une exception à cela et elle s'appelle Free Zorba The Hooligan. Formation qui réconcilie la perfide Albion et l'hexagone (les musiciens sont originaires de Paris et de Londres), le groupe s'est formé en 2024 après que le chanteur se soit cassé les deux poignets pendant un entraînement de boxe (le déficit de calcium dans le punk est un sujet tabou) et qu'il ne puisse plus jouer de ses instruments habituels. Bref, encore une fois vous en conviendrez le malheur des uns fait le bonheur de moi. Enfin, voyons ce que Zorba a de beau à nous raconter.

J'ai rencontré Niko, le frontman de Free Zorba à la sortie du fameux fumoir du non moins fameux Pigalle Country Club il y a maintenant deux ans pendant un DJ Set du groupe anglais House Arrest.

Il m'avait ainsi dit qu'il avait un groupe au nom énigmatique (en réalité référence au film Zorba le Grec) et que je devrais l'écouter si j'étais dans tout ce qui était punk. J'ai gardé ce nom quelque part dans un coin de ma tête pendant quelque temps sans jamais prendre le temps d'écouter ce projet (oui c'est pas bien je sais).

Mais les choses ont changé lorsqu'en janvier 2025, un concert est annoncé à l'Alimentation générale dans le Nord-est de Paris. Dès lors, on s'intéresse aux quelques sons qui sont déjà sortis et là, et bien on est très agréablement surpris de la qualité de ses premières compositions. Ni une ni deux, on choisit de se rendre au concert avec quelques amis et là c'est une véritable claque, le concert est d'une intensité folle, la guitare et la basse sont abrasives, la batterie tabasse et le chanteur aboie dans son micro, l'air patibulaire d'un bulldog enragé tandis que le public se lance dans un pogo dantesque pour une salle de cette envergure. En sortant de ce concert, en sueur dans l'air glacé de l'hiver parisien, on sourit, cela faisait longtemps qu'on n'avait pas découvert un projet punk noise si prometteur.

Depuis, je me plonge régulièrement dans le premier EP du groupe, Burner, brûlot punk hardcore noise de 4 titres et 10 minutes qui explorent la question des traumatismes et de la résilience dans ce monde de fou, notamment sur Afterhour où les angoisses existentielles de la précarité apparaissent au fil des paroles couplées à un homme qui ne semble pas se reconnaître dans ce qu'il est devenu :

I want a tiger like blake's
but now I'm thinking about death and rent
fuck I used to own the shade
now I confess to my shadow

ou plus tôt dans le morceau, ces simples lignes qui, j'en suis sûr, peuvent parler à nombre d'entre nous :

It's all chemical
like running dogs and broken homes
I don't remember whose fault it was
and maybe I don't want to
I don't think I want to

Ce premier morceau se conclut sur cette strophe nihiliste qui témoigne de la rage, des regrets, et des addictions que l'on peut développer face à l'impuissance que nous sommes beaucoup à ressentir face à cette société marchande totalitaire :

In the dark
I wish I tried harder
But I set the system on fire

Détonation punk où se mêlent les pensées nihilistes du narrateur des Carnets du sous-sol, la culpabilité dévorante allant jusqu'à l'obsession d'un Raskolnikov et les délires incendiaires d'un jeune Baader.

Amandino continue sur la même lancée, le morceau débute rapidement sur une basse lancinante et menaçante avant que s'ajoute très rapidement une batterie métallique et un déluge de guitare (le guitariste est seul mais est aussi bruyant — dans le bon sens — qu'une fanfare un soir de fête de la musique — pas dans le bon sens, mais vous voyez quoi). Après un premier chorus en italien, le refrain arrive tout en puissance alors que le frontman nous confie :

It's never been enough
I never felt the love cause I was raised by the gun
then thought I was meant for heaven

Des traumas d'enfance qui s'exorcisent par la fureur sonore, une cathartique abrasivité en quelque sorte. Car si la catharsis est au cœur de l'album, la colère et les regrets semblent bel et bien liés à des traumatismes familiaux puisque le thème de la mère revient sur trois des quatre morceaux (le seul morceau qui ne parle pas directement de ces thèmes est le très très bon Eugene et Liz qui parle toutefois d'un vieux couple fou amoureux rattrapé par l'horreur du réel, donc finalement pas trop éloigné) :

So sour
After Hour
went head to head with fire
When I was scared for mother

ou encore sur Killa Killa qui conclut l'EP tout en tension :

Palms on the Burner, get ready to dance old reaper
with all that life my brother
what will you do for mother

Mais ces errances, ces regrets qui semblent bel et bien provenir d'un problème d'addiction maintenant résolu semblent s'améliorer et c'est comme une renaissance :

Said you've been missing, missing, missing
Said you've been missing, missing, missing
Said you've been missing, missing, missing
Fuck a fake friend and a dead habit
I've been missing but now I'm found
I've been missing but now I'm found

On pense ici à une autre chanson d'un style différent : le synth-punk des feu Grenoblois de Taulard et son titre Sombre et Inquiet :

Qu'est-ce que t'as fait pendant tout ce temps ?
Je m'étais éloigné, je n'étais pas là
Qu'est-ce que t'as fait toutes ces années ?
J'étais caché loin dans les bois, je n'ai fait qu'errer seul dans les bois
T'as l'air d'avoir souffert, de ne pas être reposé

La musique a toujours été une catharsis — que l'on pense à Pharmakon, David Bergman ou Daniel Johnston — innombrables sont les artistes qui ont tenté de se soigner à travers l'art et Free Zorba continue ce geste salvateur à travers ce premier EP. Courage à tous ceux qui souffrent, on est ensemble.

Liens Bandcamp

Free Zorba The Hooligan

EP Burner